Fasciné par ton nom

Publié le par frère Paul

Icône Rien ne peut nous séparer de l’amour du Christ
et donc
rien ne peut nous empêcher
de vivre avec Lui une intimité
si intense que son nom vient
à nos lèvres parce qu’il est inscrit sur notre cœur et qu’il habite notre cœur.

Jésus ! Alors que certains clamaient haut et fort la mort de Dieu, alors que d’autres affirmaient que le tombeau l’avait définitivement englouti, beaucoup d’autres continuaient, dans le silence de leur cœur blessé par l’amour, à murmurer son nom : Jésus ! Quel est donc le mystère de ce nom que personne n’a jamais pu effacer de la surface de notre terre ? Quel est ce nom qui fascine ?

Le chrétien c’est-à-dire celui qui, par pure grâce, a reçu le don inestimable du baptême, est appelé à découvrir peu à peu et parfois par de terribles traversées du désert, qu’il est habité par une présence. Le jour de son baptême, il a en effet été plongé dans le mystère trinitaire, dans cet océan infini d’amour, dans cet abîme sans fond de la miséricorde. Toute sa vie, il n’aura rien d’autre à faire que de découvrir les richesses inouïes de ce monde spirituel, ce monde de l’Esprit d’amour qui habite et anime le plus secret de son cœur d’enfant de Dieu. L’aventure du baptisé va prendre les formes les plus variées : tantôt il sera au cœur de la cité le témoin d’un Dieu proche des hommes et qui les aide à construire la civilisation de l’amour, tantôt il sera le serviteur souvent caché de ses frères par ses multiples occupations ou par un appel irrésistible au désert, tantôt il pourra être celui qui se bat avec la souffrance ou le mal !

Abba ! Père !

Mais ce baptisé a un secret : il y a en lui une source qui jaillit sans cesse, une source qui n’a jamais tari depuis le jour où il a été plongé dans la fontaine baptismale. Cette source n’est rien d’autre que l’Esprit Saint, l’Esprit du Père et du Fils, l’Esprit du Dieu vivant, le Don ! Or, que fait l’Esprit sinon murmurer le nom que tout enfant devrait pouvoir prononcer dans la douce liberté des fils du Royaume : Abba ! Père ! Papa ? Une telle expérience fondatrice et libératrice donne à tout baptisé une joie nouvelle, la joie même de Jésus qui passait des nuits entières à prier nous dit saint Luc. Notre vocation de baptisé n’est rien d’autre que notre participation à l’expérience filiale de Jésus et, en particulier, à cette communion intime de Jésus avec celui qu’il appelait : Abba ! Mais rappelons-nous aussi que ce cri de confiance filiale a jailli sur les lèvres de Jésus au plus fort de sa déréliction sur la croix. La prière de Jésus s’est donc concentrée dans ce nom qui surpasse tous les noms. Abba ! C’est vraiment un cri d’amour, un cri lancé par un enfant et ce cri est lourd de confiance, de tendresse, il est le signe d’une rencontre d’amour.

Une rencontre d’amour

Or, cette communion avec Jésus, le Fils unique et bien-aimé, exprimée en plénitude dans la célébration de l’Eucharistie, devient elle-même si profonde, si vivante et si personnelle qu’elle s’exprime quasi spontanément dans le murmure d’une prière peu à peu réduite à un seul mot : Jésus. Toutefois, à l’exemple des moines d’Orient, cette prière devenue continuelle commence souvent par une formule d’une profonde densité théologique et spirituelle : « Seigneur Jésus, Fils du Dieu vivant, aie pitié de moi pécheur. » Rencontrer Jésus, c’est en effet rencontrer Celui que le Père a envoyé aux hommes pour leur révéler la merveilleuse vocation de leur filiation et c’est aussi découvrir notre infidélité de pécheur, infidélité à l’amour qui nous appelle depuis le premier instant de notre existence. La prière devient alors un cri, un appel au salut, un cri et un appel formulés dans ces mots qui font vibrer le silence des monastères de nos frères orientaux. Mais les mots peu à peu ne sont plus nécessaires et la prière elle-même en arrive à devenir un ultime murmure d’amour : Jésus ! Celui qui arrive à cette simplicité dans la prière est le témoin privilégié d’une rencontre d’amour avec le Fils unique, celui qui lui a posé un jour une question si lourde de sens qu’elle a pu faire basculer toute son existence : « M’aimes-tu ? »

La prière de Jésus ou mieux la prière à Jésus, ramenée au murmure de ce mot unique, transfigure l’existence de celui qui en a reçu le don car, toujours et partout, dans une église comme dans le métro, au fond du désert comme au cœur des masses, dans une intense solitude comme dans un bain de foule, dans le secret d’une chambre comme au milieu d’un marché, le priant rejoint au plus profond de son cœur l’Esprit qui lui donne la joie et l’audace de proclamer : « Jésus est Seigneur ! » Puisqu’il est devenu Seigneur de gloire dans la puissance de sa Résurrection, Il est désormais présent à notre histoire et à notre monde si bien que rien ne peut nous séparer de Lui et de son amour : « Qui nous séparera de l’amour du Christ ? La détresse, l’angoisse, la persécution, la faim, le dénuement, le danger, le glaive ?... » (Rm 8, 35). Tel est le fondement de cette prière qui peut monter du cœur quelle que soit la situation dans laquelle nous nous trouvons, car rien ne peut nous séparer de l’amour du Christ et donc rien ne peut nous empêcher de vivre avec Lui une intimité si intense que son nom vient à nos lèvres parce qu’il est inscrit sur notre cœur et qu’il habite notre cœur. Comment ne pas évoquer l’homme qui aime avec passion une femme et qui se surprend à murmurer son nom au volant de sa voiture ou assis à son bureau ? Qu’il suffise de nous rappeler Jeanne d’Arc qui, au moment de mourir dans les flammes du bûcher, lançait vers le ciel son dernier cri d’amour : Jésus ! Jésus !

Le Seigneur sauve

La prière à Jésus n’est donc pas une prière que nous fabriquons par une méthode compliquée mais elle est l’expression amoureuse d’une rencontre et elle transfigure peu à peu toute l’existence. En effet, celui qui a reçu le don de cette prière ne quitte pas l’histoire des hommes avec tout son poids de réussite et d’échec, de joies et de souffrances, mais il prononce le nom qui apporte le salut qu’il contient : « Jésus : le Seigneur sauve ». Par ce nom béni, le priant fait entrer le monde dans le salut de Dieu : devant un malade qui gémit, ce nom murmuré dans le silence du cœur, place le souffrant dans le mystère du Crucifié ; devant l’immense détresse d’un pécheur, ce même nom murmuré avec amour et confiance, permet de ne désespérer de personne ; devant notre monde où les plus grandes misères côtoient les plus scandaleuses richesses, où l’homme est encore trop souvent humilié, écrasé, torturé, où la violence et la haine font tant de ravages dans les cœurs et dans les corps, le nom de Jésus, inlassablement répété, imprègne peu à peu ce monde de la paix de Jésus.

N’est-ce pas cette paix que la Vierge Marie recevait en son cœur au pied de la croix ? C’est pourquoi on peut penser que cette forme de prière, cette prière à Jésus est née dans le cœur et sur les lèvres de Marie, déjà à la crèche de Bethléem lorsqu’elle donnait son enfant au monde, mais surtout au Calvaire lorsqu’elle accueillait dans ses bras maternels le corps de son fils que les hommes avaient mis à mort. Marie, femme fidèle, mère pleine de tendresse, contemplant celui que Dieu lui avait confié, l’appelait de ce nom béni, de ce nom qui continue à nous fasciner, nous pauvres et pécheurs : Jésus !

Extrait du n°143 de la revue Il est Vivant !

Publié dans Assemblée de prière

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