guérison intérieure

Publié le par lumpungu

GUERISON INTERIEURE
Forum Français de la Cathédrale Américaine, le 5/11/05
George et Victoria Hobson
Le Dr. George Hobson est "Canon Theologian" de l'Eglise Episcopale, à l'origine des ministères francophones de la Cathédrale de la Sainte Trinité (Paris). (avec permission du Dr George Hobson)

Esquisse très élémentaire de la guérison intérieure, sans aborder des procédures ou des manières de faire.

Une définition simple de la guérison intérieure: l’action de Dieu en Jésus Christ—action à la fois puissante et tendre, opérée par le Saint Esprit à travers sa Parole, les sacrements, et la prière—pour guérir nos blessures psychiques générées par le péché des autres contre nous et aussi par des accidents et des événements d’histoire qui nous sont tombés dessus, comme les guerres ou les catastrophes naturelles. Ces blessures peuvent remonter jusqu’à la plus petite enfance, voire jusqu’au sein de la mère ; et parfois il y a même des blessures et des déformations qui sont transmises à travers les générations.

Souvent la guérison est accompagnée d’un repentir par rapport à notre propre réaction mauvaise au péché d’un autre--amertume, par exemple, ou haine, peur, honte, auto-justification, rejet de soi—les cas de figure sont innombrables.

La guérison intérieure s’inscrit dans un cadre très large, celui de la rédemption du monde par Dieu en Jésus Christ (voir Isaie 53 : 4-6 et I Pierre 2 :22-24); et plus précisément, elle s’inscrit dans le travail pastoral de l’Eglise, lequel englobe les divers soins pastoraux que l’Eglise est en mesure d’assurer. La guérison intérieure est un aspect de ce travail pastoral, visant, comme d’autres aspects tels les sacrements, l’enseignement de la Parole de Dieu, et l’accompagnement spirituel, notre sanctification progressive, la réintégration en Christ de tout notre être (voir I Thessaloniciens 5 :23).

Jésus veut pour nous la vie abondante, comme il le dit en Jean 10:10—mais l’Eglise a souvent ignoré cette vérité et n’a pas toujours su nous faire bénéficier des provisions immenses et bien concrètes que Jésus nous a procurées déjà ici-bas dans cette vie par sa passion. Dieu soit béni, la guérison intérieure, appelée autrefois “cure d’âme”, revient avec force depuis une cinquantaine d’années et connaît un véritable renouveau dans les églises.

Le fondement de toute guérison intérieure réelle et profonde est la guérison spirituelle, la guérison de notre relation à Dieu : la rédemption, le pardon de notre péché, la justification, le passage de l’aliénation à la réconciliation, le salut.

Romains 3 :9b-26 ; cp. Ps. 103 :1-14, accompli pleinement en Jésus Christ.

La guérison spirituelle rétablit la dimension verticale de notre existence, nous déplie, nous redresse, mettant sur le mode positif notre relation à Dieu, qui jusqu’alors était dans le mode négatif où nous niions son existence ou lui étions indifférents.

Nous retrouvons notre vraie identité d’enfants de Dieu. Nous sommes nés, dans ce monde détourné par le mal, créatures de Dieu, quoique nous refusions souvent de le reconnaître ou d’y croire. Le Christ nous dit qu’il faut naître de nouveau pour réintégrer notre famille primordiale et devenir enfants de Dieu, fils et filles du Père (Jean 1 :12 ; 3 :3).

Découvrant la grâce de Dieu en Jésus Christ, nous découvrons la réalité de ce que la Bible nomme « péché », ainsi que le pardon et l’authentique dignité humaine. Nous recevons la certitude d’être voulus sur cette terre, d’être aimés (Jean 3 :16 ; Ephésiens 1 :4). Nous sommes libérés de cet isolement existentiel qui est consécutive à notre rébellion et qui, dans le monde moderne, prend la forme d’autonomie, d’auto-suffisance, et d’anomie, ainsi que de quête sans relâche de justification, de pouvoir, de performance, et de distractions, afin de pouvoir faire face au non-sens de la vie. Le chrétien, grâce à Dieu, entre dans la communion avec Dieu et puis avec ses semblables et la création tout entière. A la place de la fuite en avant il va vers la lumière ; au lieu de se cacher et de porter des masques, il s’ouvre à l’amour et s’accepte tel qu’il est parce qu’il sait désormais par la foi que Dieu l’accepte et l’aime. Nous n’avons plus besoin ni de nous dérober ni de chercher à nous justifier nous-mêmes. Notre identité n’est plus une auto-construction mais un don de Dieu enraciné en lui.

La communion avec le Dieu Trinitaire rend possible la communion avec autrui. Nous ne sommes plus seuls, nous sommes intégrés au Corps de Christ, l’Eglise. Une vie de communion fraternelle, une vie d’Eglise devient normative. Désormais la guérison de nos relations personnelles—la dimension horizontale—devient possible et essentielle. Une orientation vers le service des autres remplace peu à peu l’auto-centricité de l’homme sans Dieu. Le fait de nous incliner devant les quatre premiers commandements du Décalogue nous ouvre à la possibilité d’une obéissance en profondeur aux six autres, à commencer par le commandement d’honorer père et mère.

Ce mouvement spirituel et moral nous éclaire également sur la structure des épîtres de St. Paul, où il s’agit toujours de la réconciliation avec Dieu et ensuite de celle avec les autres, dans l’amour, la vérité, et l’humilité (voir Ephésiens 1 :3-5 ; 2 :1-9 ; 4 :1-6, 29-32 ; Colossiens 3 :12-15).

La guérison intérieure s’inscrit dans ce schéma de relations verticale et horizontales. La guérison du corps y est également impliquée, dans la mesure notamment où le psychisme meurtri peut bloquer ou déformer le fonctionnement normal du corps : toute la médecine psychosomatique l’atteste.

Sur cette base—notre justification en Christ, notre découverte de Dieu notre Père qui nous aime, et notre identité nouvelle—cette « création nouvelle » que nous sommes—de fils et de filles de Dieu, morts et ressuscités avec Jésus, le Fils Eternel—sur cette base posons maintenant quelques éléments plus précis en cherchant à appliquer ces certitudes de la foi à la guérison intérieure.

1) Un nouveau « regard » à partir de notre nouvelle identité. Vis-à-vis de toutes choses, nous nous positionnons différemment (Romains 6 :6-12). Le vieil homme—le principe de péché en nous, centré sur notre égo, notre « soi »--a été mis à mort à la croix par le Christ, qui l’a pris sur lui, et puis, mourant, l’a emporté en lui-même dans la mort. Puis, ressuscité par le Père, il nous ressuscite avec lui, en lui, nous qui nous identifions à lui par la foi—et désormais c’est le Christ qui est au centre de notre vie et non pas le vieil homme. Le baptême signifie tout cela sacramentellement : nous ne sommes plus seuls, repliés sur nous-mêmes, nous sommes membres du Corps de Christ. Vis-à-vis de tel péché ou de telle blessure, nous sommes appelés à nous considérer sous l’angle de cette vérité-là.

2) Le pardon : demandé et donné. C’est commencer à porter notre croix, à l’image de Jésus. Ces actes de pardon nous délient des relations négatives aux autres et restaurent nos relations. C’est par la volonté que nous agissons ainsi, en obéissance au commandement de Jésus et sur la base du pardon que Dieu nous accorde en Christ. Nos pardons donnés et demandés doivent être précis et concrets.

3) Les fausses images de Dieu et de nous-mêmes, emmagasinées au cours des années en fonction de nos relations à autrui, en particulier à notre père et à notre mère. On se débarrasse, par exemple, de l’image d’un Dieu fouettard ou absent ou indifférent à la souffrance, ou de l’image de nous-mêmes comme, par exemple, fondamentalement une victime, rejeté, pas aimable, sans valeur. Dieu nous a créés et voulus depuis avant la fondation du monde (Ephésiens 1 :4), il nous a sauvés en Christ (qui est devenu volontairement victime à notre place), donc nous n’avons plus à demeurer dans ces fausses images intérieures vis-à-vis de Dieu et de nous-mêmes, qui engendrent toutes sortes d’attitudes erronées et pécheresses, telle la pitié de soi, le ressentiment, le mépris de l’autre, la jalousie, la convoitise, la haine, la vengeance, la violence, le rejet de soi et de l’autre, la justification de soi, etc., lesquelles attitudes bloquent la guérison intérieure et l’intégration de notre être et tordent nos relations aux autres. Nous refusons toute cette négativité et la remplaçons par le positif sur Dieu tel qu’il s’est révélé en Jésus, et sur nous tels que nous sommes en Christ. Il y a prise de conscience au cours du temps, apportée par la Parole de Dieu, de ce qu’il en est par rapport à toutes ces choses, et puis il y a prière précise, ciblée, pour quitter le faux et entrer dans le vrai.

4) Faux liens, liens d’âme malsains avec d’autres personnes. Cela vient de la recherche d’amour, de pouvoir, d’approbation, d’affirmation, de sécurité, en fonction, par exemple, de la peur, du manque affectif remontant à l’enfance, de l’abus sexuel, d’un désir de plaire pour éviter toute critique, ou de se valoriser par une performance brillante, etc. Ces faux liens sont des emprises. Mais nous savons que c’est Dieu qui nous justifie, qui nous approuve, nous affirme. C’est lui qui comble nos manques affectifs (toutes proportions gardées, bien sûr, car il ne remplace pas nos lacunes humaines—mais il guérit, console, et renouvelle). Ce n’est plus notre performance, notre « mérite », qui nous valorise, c’est sa grâce. Dans la prière nous pouvons être affranchis de des liens affectifs malsains par la puissance de l’Esprit Saint.

5) La guérison des souvenirs, ou plutôt des expériences blessantes dont le souvenir nous fait mal ou que nous avons refoulées, tellement elles sont insupportables. Il nous arrive souvent, sans savoir ce que nous faisons, de faire des transferts sur d’autres personnes de toute l’émotion négative enfouie dans ces expériences passées. Par la prière nous demandons à Jésus, qui a porté nos souffrances à la croix (Isaie 53 :4-6), d’entrer dans la scène du souvenir et de la guérir par sa présence bienfaisante et libératrice.

6) L’acceptation de soi-même. La guérison avançant, on ne se rejette plus, on ne s’enfle plus ; ni la honte ni l’orgueil n’a plus de prise sur nous. Dans le fond, nous nous reposons de nos œuvres visant à nous mettre en valeur, à justifier notre existence (Matthieu 11 :28 ; Jean 8 :31, 34-36).
Nous n’avons plus besoin de paraître. Dieu nous console de nos souffrances, il panse nos plaies, il enlève les carapaces que nous avons construites pour nous protéger. Il devient lui-même notre forteresse. Aujourd’hui, livrés à eux-mêmes dans un monde rebelle à la grâce de Dieu en Christ, l’homme et la femme cherchent à tous moments à justifier leur existence, souvent par la domination des autres d’une façon ou d’une autre, et sont stressés au possible par la compétition, la concurrence, la poursuite du succès comme le monde l’entend. Jésus nous libère de cette pression asservissante—et pareille libération constitue une guérison profonde !—et nous donne de découvrir et de vivre joyeusement les dons et les désirs profonds et bons que lui, notre Créateur, a mis en nous—et, ce faisant, de nous épanouir.

7) Se sachant aimés par Dieu, acceptés tels que nous sommes, nous pouvons reconnaître que nous n’avons pas toujours raison, que notre égoisme et nos blessures ont passablement déformé notre comportement, que notre perspective sur nous-mêmes et sur les autres n’est pas toujours forcément la bonne ou la plus juste, que nous avons besoin d’être corrigés par notre Père divine, d’être transformés, afin d’être rendu conformes à l’Image de Dieu qui est Jésus (voir Colossiens 3 :9-10 ; Romains 12 :1-2).
 
Nous pouvons nous permettre d’être vulnérables. Cette transformation graduelle, œuvre de toute une vie, s’appelle la sanctification et comporte une guérison intérieure progressive, opérée par le Saint Esprit au travers de nos relations et à la lumière de la Parole de Dieu, et effectuée par la prière. C’est l’oeuvre de Dieu, une œuvre de grâce rendue effective par notre foi. Nous devenons hommes et femmes plus vrais, plus honnêtes avec nous-mêmes et avec les autres, et de plus en plus libres de l’emprise assujettissante du monde.
 
Ce n’est pas facile, cela demande persévérance et humilité ; mais la récompense est énorme : Dieu nous fait croître en sagesse, en simplicité, en joie, en espérance; il nous donne de l’humour envers nous-mêmes, une plus grande tolérance, une plus grande souplesse, car nous apprécions de plus en plus combien en nous-mêmes nous sommes indignes et en revanche combien, en lui, nous sommes dignes ; et avec tout cela il nous accorde une certaine autorité spirituelle, une certaine gravité, pour avoir été à son école. Nous devenons authentiques disciples de Jésus, amis de Dieu, serviteurs de Dieu et des autres, vivant dans l’espérance de la Vie Eternelle. Que demander de plus ?

Publié dans Théologie

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