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Publié le par lumpungu

Evangélisation en boîte de nuit : « T’es un vrai prêtre ? Pas possible ! »

Depuis plus de sept ans, le Père Axel passe quatre à cinq nuits de la semaine en discothèque, pour être à l’écoute des jeunes. Moine de la communauté Serviteurs de Jésus et Marie (fondée en Allemagne), il exerce actuellement son ministère de prêtre dans le diocèse de Fréjus-Toulon, où se trouve sa « boîte résidentielle ». Il y retrouve chaque semaines entre 1.500 jeunes l’hiver et parfois jusqu’à 5.000 l’été. Nous l’avons suivi à la discothèque « La Station » près d’Avignon : debout devant une colonne, bien campé sur ses pieds, ce moine baraqué en habit de religieux, attend, comme insensible à la techno, qu’on vienne lui parler. Portrait paru dans le numéro du 29 septembre de l'Homme Nouveau et dont voici la version longue.

Allemand né près de Francfort, issu d’une famille non pratiquante, le Père Axel a découvert la foi à travers le scoutisme. Il n’était encore jamais allé en discothèque avant d’entrer dans sa communauté. Quand il était adolescent, sa mère lui proposait bien d’aller comme les autres garçons de son âge, en boîte de nuit, mais cela ne l’intéresserait pas. « Je ne trouvais déjà pas normal que beaucoup de mes copains scouts disparaissent de notre groupe quand ils allaient en boite, explique-t-il. Et déjà à l’époque, je ressentais le désir d’aller vers ces jeunes qui s’éloignaient de la foi. »

Dès son entrée au monastère en Bavière, Frère Axel y ramenait parfois des punks rencontrés dans la rue, mais cela ne plaisait guère à ses supérieurs. '« Lorsque cela a posé trop de problèmes, je suis parti, et j’ai découvert l’abbaye d’Ourscamp en France, mais là c’était des jeunes délinquants qui venaient me retrouver… ce n’était donc pas mieux vu ! » ajoute-t-il.

Il retourne alors en Autriche où sa première communauté est également installée, et demande à ses supérieurs de l’autoriser enfin à se rendre en boîte de nuit. « Au début ils n’étaient pas très chauds :

- Mais, Frère Axel, que veux-tu faire en boîte avec ces jeunes ?
- Je ne sais pas, on verra bien, mais je sens qu’il faut que j’y aille ! »

A force d’insister, il obtient enfin l’autorisation et commence à faire la tournée des boîtes de nuit de la région : « Je faisais la queue comme tout le monde, et, quand arrivait mon tour, les videurs, étaient très surpris. Ils me demandaient si c’était une blague et comme ils n’osaient pas me fouiller, s’assuraient seulement que je n’avais pas d’arme sur moi !... ».

Depuis le mois de septembre 2005, Père Axel est à Toulon, où il s’est fait admettre sans trop de difficultés dans les boites de la côte. ''« J’y fais le beau comme tout le monde, explique-t-il avec un sourire malicieux, même si ce n’est pas exactement comme les autres... Je ne bois pas d’alcool, et je ne danse pas. Une fois dedans, je prie pour les jeunes que je vois et j’attends qu’ils viennent, sans jamais les aborder. C’est un principe de ne pas accoster les jeunes, afin qu’ils se sentent vraiment libres de venir vers moi. C’est justement ce qu’ils apprécient : ils ont le temps de m’accoster et seulement s’ils le souhaitent. Parfois ils m’observent pendant des semaines, voire des mois… Un jeune Allemand a attendu trois ans avant de se décider à venir me parler, depuis il est venu plusieurs fois à Toulon pour m’y retrouver. »

Pour la plupart de ces jeunes, c’est la première fois de leur vie qu’ils peuvent se confier à un prêtre. Certains parfois, lui demandent même une confession. « On essaye alors de trouver un endroit un peu plus calme, enfin le plus calme possible !… »

En général, les premières questions sont toujours : « t’es un vrai ? c’est cool ton truc, ton habit et tout... ». Ensuite, assez rapidement, viennent les questions sur la foi, et ils en ont beaucoup. Alors qu’à première vue certains semblent aux antipodes de la foi, le Père Axel est souvent « bluffé » par la vie intérieure que lui révèlent ces jeunes. « Même paumés, ils ont toujours une soif spirituelle intense ! - Le Seigneur arrive toujours à me surprendre avec de nouvelles rencontres auxquelles je ne m’attendais pas. »

Ainsi le Père Axel passe ses nuits à écouter ces jeunes et à essayer de répondre à leurs nombreuses questions. Il reste jusqu’à la fermeture. « Je termine ma nuit en célébrant la messe dans mon oratoire vers six heures du matin - ou même un peu plus tard quand il y a des « after » - afin de tout offrir au Seigneur. C’est important de tout Lui remettre, surtout quand ces jeunes vivent des choses très dures, il faut les Lui confier. »

Un ministère de prêtre qui se révèle dans les boîtes de nuit

Le Père Axel nous explique comment se perçoit son ministère. ''« Les jeunes viennent me voir non parce que je suis un éducateur des rues, mais parce que je suis prêtre. Ils sont surpris que l’Eglise vienne ainsi à eux, et apprécient ma présence, car j’affiche tout de suite la couleur. A mon habit ils se rendent compte que je suis moine : et comme souvent ils n’ignorent pas qu’un moine est consacré à Dieu, ce témoignage de don total les touche beaucoup et ils me le disent. Bien sûr, le cadre de mon apostolat sort de l’ordinaire, mais il entre dans le charisme de notre communauté qui œuvre pour l’évangélisation auprès des jeunes. »''

Si un jeune venait lui demander « Qu’est-ce que vous avez à me dire ? » Père Axel lui répondrait : « rien » et lui souhaiterait une bonne soirée. En effet, il n’est pas là pour faire passer un message ou embrigader les jeunes. Sinon évidemment, les videurs ne le laisseraient plus entrer, alors qu’en général ils apprécient plutôt sa présence. « D’ailleurs, je ne paye jamais mon entrée, et….bien souvent on m’offre des « soft drink » !

Il arrive aussi parfois qu’un jeune me rejette, mais c’est souvent la façon qu’il a de m’aborder en révélant ainsi une profonde blessure intérieure, difficile à verbaliser… »

Père Axel admet avec lucidité que ce charisme n’est pas à la portée de tous. Mais il ajoute aussitôt : « Je ne pense pas être le seul appelé par le Seigneur. Je me dis qu’il n’est pas possible que Jésus n’ envoie pas d’autres ouvriers dans cette vigne. Mais bien sûr, chacun a un appel particulier à évangéliser. En boite on ne peut pas s’improviser apôtre, c’est un endroit tellement brut…. il y a des « gogos » qui dansent bien en vue, des filles et des garçons habillés de façon à provoquer les sens, il faut donc être « bien dans sa peau et dans son cœur » pour rester serein. Mais je ressens pour eux une telle compassion et une telle miséricorde, que toute tentation est quasiment inexistante. Plus que les formes sexy d’une, fille je vois la tristesse et le vide dans son regard. Et si vraiment j’étais troublé par ce spectacle, c’est que je n’y serais pas à sa place, tout simplement. »

A certains jeunes qui lui demandent si c’est bien la place d’un prêtre d’être dans une boîte de nuit, Père Axel répond : « Où ces jeunes pourraient-ils rencontrer un prêtre pour parler et se confier ? Tout ceux-là n’entreront jamais dans une église pour le faire ! Un prêtre n’est pas réservé aux seuls catholiques pratiquants ! Et puis, dans quel endroit y a-t-il plus de jeunes ailleurs qu’en boîte ? Dites-le moi, j’irai ! »

Si le Père Axel s’expose ainsi par sa simple présence, il doit aussi « affronter » les jeunes face à face et en vérité. Ces rencontres sont très belles même si elles peuvent être très difficiles. Mais au bout du compte, il est heureux après avoir passé des nuits sans dormir à leur service : « Oui, cela me donne une grande joie de rencontrer ces jeunes qui ont une réelle soif spirituelle ! »

« T’es payé pour être ici ? »

On lui demande souvent s’il est envoyé par quelqu’un ou s’il est payé pour être là. « Je réponds qu’en temps que moine je ne suis pas payé du tout, mais que l’évêque du lieu et mes supérieurs m’envoient. Cela les impressionne de savoir que l’Eglise catholique se donne les moyens de leur envoyer un prêtre. Rien que cela, est pour eux important, et beaucoup le remercient de cette démarche. » Certains lui disent parfois : « Quand tu es là, la soirée est gagnée, mais si tu n’es pas là, c’est sûr, que la soirée est merdique ! »

A cause de la drogue et de l’alcool, les jeunes ne prennent pas de gants pour lui parler. « Les problèmes qu’ils me confient sont souvent « hard » et les pieuses réponses ne les satisfont jamais. Un jour un confrère m’a accompagné pour essayer. En sortant il m’a dit « plus jamais je ne retourne là-dedans » : faute de réponses adapatées, il s’était fait rejeter « méchamment » par les jeunes. »

« Se laisser former par les jeunes »

« J’ai été préparé par mes contacts avec eux, avant même d’entrer au monastère. Déjà, quand j’étais employé de banque, mes collègues qui me voyaient réciter le Benedicite à la cafétéria m’interrogeaient, et souvent je ne savais pas comment répondre à leurs questions. Que dire, par exemple, à : « pourquoi ce n’est pas bon de coucher avant le mariage ? » quand on n’y a pas vraiment réfléchi ? En discutant avec eux j’ai ainsi progressé dans ma foi. Déjà, à l’époque, je demandais à l’Esprit Saint de m’éclairer dans mes réponses.

Ces jeunes en recherche m’apprennent beaucoup sur ma foi et c’est grâce à eux que je continue de l’approfondir chaque jour. Par leurs questions très directes, je suis obligé de creuser… Avec eux, pas moyen d’esquiver ! »

Ils savent aussi très bien que quelque chose ne va pas dans leur vie quand ils viennent trouver un prêtre. Certains se rendent compte qu’il y a un vide en eux et le lui disent clairement. Sortir tout le temps en boîte est souvent une fuite. « Je suis attaché à l’argent, j’ai une grosse voiture mais rien de consistant dans ma vie » est un diagnostic fréquent de leur part. Leurs situations sont très différentes les unes des autres, leurs souffrances aussi, mais pour le Père Axel cela revient au même : tous ont soif de Dieu.

« Paradoxalement, un jeune qui a déjà beaucoup souffert, par exemple d’abandons, d’abus sexuels, a plus de chance de se rapprocher du Seigneur, car il se rend compte de sa souffrance plus facilement qu’un autre qui se laisse couler dans une vie facile. C’est la « grâce » de la souffrance, qui fait que le Seigneur vient nous chercher jusque dans nos plus grandes faiblesses… »

La mission de Père Axel passe surtout par une amitié qui perdure et devient plus profonde au fil des mois, les jeunes prennent l’habitude de me voir aux même endroits, et peuvent me retrouver ailleurs qu’en boite. De plus je, les préviens aussi par SMS, quand je suis de passage dans une ville ou un lieu, où nous pouvons à nouveau nous rencontrer.

« Prier pour eux, c’est le plus important ! »

Au-delà des réponses qu’il leur donne, le Père Axel pense que prier pour eux et les confier au Seigneur est le plus important. « Le Seigneur me donne l’immense chance de prier pour ces jeunes que je rencontre ‘l’arme fatale’ est là ! ». Et il ajoute : « il faut aussi prier pour qu’il y ait plus de vocations de missionnaires de la nuit, car l’attente de ces jeunes est immense, je vous le répète ! et combien de vocations potentielles ? Alors si vous souffrez d’insomnies, priez donc pour eux ! »

L’avenir ? Le Père Axel le confie aussi au Seigneur : « Si Dieu le veut bien, cette terre de mission qui est un champ aride, deviendra un jour une véritable vigne. Pour l’instant, c’est pire que le Sahara. Mais une vigne a besoin de plusieurs années de soins avant qu’on puisse récolter les premières grappes et en tirer du bon vin. Il en va ainsi des cœurs desséchés : il faut d’abord les arroser longtemps. Et ce ne sera pas à forcément à moi de recueillir les premiers fruits… »

Publié dans Evangélisation

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tn pas cher 15/09/2011 05:31













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