Les blessures du ressuscité

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Elle est béante la blessure ouverte au cœur du vieux continent Européen, là où une ancienne blessure a fait des millions de morts et a mis plus d’un demi-siècle pour se refermer. Des centaines de milliers d’hommes, de femmes, d’enfants sont chassés de leur terre de leurs maisons, dépouillés de tout, réduits à des êtres sans identité, sans patrie, sans rien, au vu et au su du monde entier. Des scènes de souffrances insoutenables sont l’actualité au quotidien.

Et la blessure est devenue ainsi contagieuse, frappée au cœur et à la profondeur des consciences de tous, pour avoir été témoins d’événements de barbarie d’un autre temps. Des mouvements de générosité et de compassion se lèvent partout, cherchant à panser la blessure sans savoir si un jour elle pourra se refermer.

C’est au moment où la communauté humaine se montre incapable d’endiguer les méchancetés, d’arrêter les mains qui frappent, d’avoir assez d’imagination pour refermer la blessure, que l’annonce de l’Evangile de la Résurrection montre toute sa nouveauté, sa force de guérir toutes blessures.

Tant que les blessures ne sont pas guéries, aucune paix n’est possible. Les premiers mots du Christ ressuscité sont des mots de paix : " La paix soit avec vous". Pour convaincre ses disciples que son salut de paix est réel, Jésus "leur montra ses mains et son côté ". Ses blessures sont refermées. Les exactions qu’il a subies sont pardonnées, mêmes oubliées, car elles sont transfigurées.

Mais pour Thomas, que veut-on qu’il dise d’autre que ce qu’il a exigé quand ses collègues affirment avoir vu le Seigneur vivant, alors que lui, l’a vu mort et crucifié ? Comment peut-il oublier tout ce que son maître a dû endurer quand lui-même et ses confrères l’ont laissé souffrir et mourir loin de leur regard ? Chacun a piteusement pensé d’abord à sauver sa peau.

Pour le moment il ne peut se fier à ce que les autres ont rapporté. Ce n’est pas que les autres soient des femmes, mais à cette heure-là, personne ne croit en personne dans cette affaire, si chacun n’en a pas fait encore l’expérience personnelle.

C’est ainsi qu’il veut que l’on se le rappelle. Il veut d’abord voir lui-même "la marque des clous, et mettre son doigt à l’endroit des clous". Il ne peut pas du jour au lendemain tout oublier, faire comme si rien ne s’était passé. S’il est vivant, il doit en porter des traces. En voyant comment le corps du maître a été torturé, il espère raviver la bravoure de ses collègues pour une éventuelle protestation même tardive.

  Il a obtenu ce qu’il désire. Mais les blessures refermées du Maître ont provoqué chez lui un effet qu’il n’a pas soupçonné. Il a compris que la résurrection est la blessure qui se guérit. Ce que les hommes n’arrivent pas à faire, Dieu l’a fait en Jésus-Christ. Thomas finit par comprendre le mystère de la Pâque nouvelle. Il va au-delà de ce qu'il a vu. Et le cri de Thomas est le plus bel acte de foi que nous trouvions dans l'Evangile. C’est à lui de crier : " Mon Seigneur et mon Dieu. "

En clamant que Jésus est ressuscité "le troisième jour", les chrétiens ont contribué à faire du lendemain du Sabbat, le jour le plus important de la semaine. La foi chrétienne en la Résurrection du Seigneur a changé le cours des temps.

C'est au matin du premier jour de la semaine que les femmes trouvent le tombeau vide. C'est au soir de ce même premier jour que Jésus ressuscité marche jusqu'à Emmaüs et qu'il apparaît à ses disciples à Jérusalem, selon le récit de l’évangile de ce dimanche. Très tôt les chrétiens vont marquer ce jour par une assemblée autour du pain rompu, l’eucharistie, comme racontent les actes des apôtres dans la première lecture.

Au second siècle, St Justin atteste le lien entre Création et Résurrection. " Nous nous rassemblons le jour du soleil parce que c'est le premier jour où Dieu, tirant la matière des ténèbres, créa le monde, et le jour où Jésus-Christ, notre Sauveur ressuscita des morts. "

En effet, c’est à partir du vide que le monde est créé et recréé : le vide "au commencement " de la première page de la Bible et le vide du tombeau. La célébration de la Pâque entre ainsi dans le cycle des sept jours de la création. Le dimanche, en russe, se dit "résurrection ", jour où la vie a repris le dessus.

Pour arriver à ce niveau de profondeur, la vie chrétienne dépasse tout ce que nous pouvons recueillir par nos sens : Ecouter, sentir, goûter, toucher, voir. Nous savons qu’il y a un regard qui voit avec les yeux de la chair, mais il y en a un autre qui regarde en profondeur, à un niveau où seule une lumière qui vient d'ailleurs peut nous faire voir jusqu'à la vie en Dieu où aucune blessure ne laisse encore des traces. Celle-là ne peut venir que de Dieu.

Et Jésus Ressuscité a pris soin de le dire à chacun de ses disciples. Il a tenu à les voir tous, ensemble et personnellement, quand Il les invite à toucher ses plaies,

Jésus est Seigneur, le Christ. C’est la seule homélie que font les apôtres. Nous avons ici l’origine de la spiritualité nouvelle du dimanche : le jour de la rencontre du Seigneur et de sa communauté pour célébrer le don parfait de Dieu, le Pardon, le don de la vie au-delà de la mort, la guérison complète de tout mal.

Publié dans Théologie

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