HEUREUX LES YEUX QUI VOIENT
Sœur Hubert-Dominique nous dit ce que le Saint-Esprit lui a appris peu à peu d’abord pour la préparer à sa mission puis au cours de celle-ci. Depuis 1976, elle assure une présence de prière avec une petite communauté dans un quartier chaud de Paris ; l’église est située rue Saint-Denis. « Heureux les yeux qui voient, heureux les yeux qui regardent... On m’a demandé de vous dire combien Dieu veut notre bonheur. Quand on commence à regarder les merveilles de Dieu, il se passe des choses extraordinaires. La rue Saint-Denis est une rue assez particulière où toute une population vient chercher l’amour auprès des soeurs de la rue, dans les sex-shops et la drogue. Avant de m’envoyer dans ce quartier, le Seigneur m’a fait faire une expérience extraordinaire. Avant cela, comme presque tout le monde, je fonctionnais selon le système de Ptolémée qui croyait que le soleil tournait autour de la terre. Il a fallu que vienne Copernic pour qu’on découvre que c’était la terre qui tournait autour du soleil.. Le Seigneur m’a dit : c’est moi, le soleil. Et il m’a fait sortir de ce « moi je ». On m’avait déjà proposé de recevoir l’effusion de l’Esprit, mais je pensais que j’avais tout reçu lors de ma profession religieuse. Finalement, pour faire plaisir à un petit frère qui insistait, j’ai demandé l’effusion de l’Esprit. Ce jour-là, je ne savais pas très bien ce qui se passait, mais le Seigneur m’a dit : « Maintenant tu ne sais pas ce que je fais pour toi, mais tu verras plus tard . » Plus tard, en effet ce fut une véritable effusion parce que j’ai accepté de me mettre à genoux et d’admettre que je n’avais pas encore tout reçu. Deux ans plus tard, j’étais envoyée à Saint-Leu sans y être autrement préparée. Et là, le Seigneur m’a montré que j’avais les yeux malades et qu’il me fallait un collyre. «Toi, petite parcelle, reçois de moi ce collyre ». Ma première maladie c’était la peur. Il m’a dit : il faut que je te guérisse de tes peurs. Un dimanche matin, alors que je priais dans l’église, entrent cinq jeunes qui sortaient de boite... dans un état ! ! ! Dans ma panique, ma première réaction est de leur dire de sortir... la deuxième d’appeler la police. En allant dans le local voisin pour téléphoner, je me rends compte que ce n’est pas la bonne solution et j’appelle l’Esprit Saint et la communication s’est établie. Il fallait lâcher mes peurs pour pouvoir être témoin de la miséricorde. J’ai appris que mes peurs, je pouvais les donner au Seigneur. Deuxième maladie, plus profonde : le jugement. Quand je suis venue la première fois à Saint-Leu, il y avait en face de l’église, une douzaine de sœurs de la rue. Le Seigneur m’a fait comprendre plus tard que j’étais comme elles et que si j’étais de l’autre côté de la rue, c’est parce qu’il m’avait donné des parents qui m’ont aimée. S’il m’a donné beaucoup ,c’est pour que je puisse donner à mon tour. Un jour, une de ces personnes m’a offert un gros paquet de produits de beauté, j’en ai fait de petits paquets et en sortant le 1er janvier, j’ai offert un petit cadeau à une femme que j’ai rencontrée. Elle m’a dit : « Cela fait dix ans qu’on ne m’a pas fait de cadeau ! » A travers l’écoute, le Seigneur m’a formée, il m’a montré que je devais lâcher le jugement. Peu à peu, il a préparé mon cœur à accueillir tous ceux qui viendraient. Une parole, en saint Paul s’est gravée en moi : « Là où le péché abonde, la grâce surabonde ». Il faut se libérer du jugement pour comprendre que Dieu est amoureux de la Samaritaine, de la femme adultère, de Zachée... Nous avons voulu faire de notre église un lieu d’accueil et nous avons commencé par installer une cuisine dans une des sacristies. Une cuisine, parce que Dieu nous invite à sa table. Et nous avons commencé à recevoir, très simplement : une soupe, un morceau de fromage, un dessert... Et il se passe des choses extraordinaires. La semaine dernière un prêtre est passé nous voir. Il avait fréquenté la cuisine il y a 16 ou 17 ans, alors qu’il était sans travail. Peu à peu nous l’avions vu se redresser, participer à l’accueil... il est entré dans une communauté au Canada et est actuellement en mission parmi les plus pauvres, en Haïti. Gérard, un garçon issu d’une famille pauvre, ils étaient huit enfants et leur mère, ne pouvant plus les nourrir, voulait les noyer quand la police est intervenue et a placé les enfants à la DASS. Il a erré de foyer en famille d’accueil, puis est allé en prison. Il est arrivé chez nous et peu à peu a repris pied, il a alors cherché à retrouver sa sœur, puis sa mère, il a fini par s’en sortir. Importance aussi de l’Eucharistie. Les gens viennent chez nous pour manger, mais peu à peu la beauté de la liturgie les rejoint, les reconstruit. L’Eucharistie est un lieu de profonde guérison et nous mesurons chaque jour combien Dieu agit. Une chose importante dans la liturgie, c’est le baiser de paix... le contact s’établit. Je voudrais souligner aussi la valeur de l’espérance : espérer contre toute espérance. Il faut tenir dans l’espérance, ne jamais désespérer de quelqu’un parce que Dieu ne cesse de crier au fond de son cœur son amour. « Ce ne sont pas les clous qui m’ont retenu à la croix, c’est mon amour pour toi » dit Jésus à Catherine de Sienne. Merveille que la tendresse miséricordieuse de notre Dieu. L’Amour est infini. Quand nous commençons à regarder comme cela, le monde est transfiguré.
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