Kérygme

Publié le par André-Mutien LÉONARD, évêque de Namur.

GRÂCE ET ENJEU DE L¹ANNONCE DIRECTE DU KÉRYGME

Des occasions à ne pas manquer

L’annonce directe du ³kérygme² (= ³proclamation², en grec), c’est-à-dire de ce qui fut ³proclamé² de Jésus le jour même de la Pentecôte, peut se vivre en des circonstances bien différentes. Ce peut être dans une conversation personnelle comme lors d’une prédication. Dans un cours de religion ou lors d’une catéchèse. Lors d’une mission dans une école ou au cours d’un pèlerinage.

Dans ma vie d’évêque, l’occasion m’en est régulièrement offerte et, souvent, de manière imprévue. Car, à trop programmer l’événement, l’annonce perdrait beaucoup de sa spontanéité. C’est ainsi que, lors de l’inauguration d’une église restaurée, lors d’un pèlerinage populaire ou d’une célébration fort fréquentée de confirmations, quand je découvre rassemblée une foule manifestement composée de personnes venant d’horizons sociaux, culturels et philosophiques très divers, j’abandonne ce que j’avais prévu initialement de dire et me lance dans l’annonce du kérygme.


Le kérygme du jour de la Pentecôte

Je proclame alors ce qui fut annoncé à la Pentecôte de l’an 30 par Pierre et que Luc nous rapporte à sa manière dans les Actes (Ac 2, 22-24.36). J’annonce cet homme, le seul dans toute l’histoire humaine, qui, en même temps qu'il annonçait le Royaume de Dieu, parlait de sa propre identité d’une manière qui le mettait au rang même de Dieu. Je rappelle que ce fut la cause de sa condamnation à mort, pour motif de blasphème: "Toi qui n'es qu'un homme, tu te fais Dieu!² (cf. Jn 10, 33). Et cela bien que Dieu l’eût accrédité par les signes et miracles qu'il lui donnait d’accomplir. Je tourne ensuite les regards vers cet homme, agonisant et mourant dans le silence et l’absence de celui qu'il appelait pourtant son Père, d’une manière absolument unique: " Abba " (= " Papa "), abandonné des hommes et de Dieu, crucifié entre deux brigands, au rang des pécheurs, identifié au péché comme le proclame Paul avec force (cf. 2 Co 5, 21). Et enfin, j ‘annonce le Ressuscité, le seul homme dans l’histoire religieuse de l’humanité dont des témoins, au prix de leur vie, aient dit que Dieu lui ait fait traverser la mort. Et je reprends les paroles de Pierre: ³Vous l’avez fait mourir sur le bois de la croix, mais Dieu, lui, l’a ressuscité! Vous l’avez discrédité, mais Dieu l'a accrédité à nouveau. Vous lui avez donné tort, mais Dieu lui a donné raison. Vous l’avez humilié, mais Dieu l’a glorifié.²


Une lumière sur le drame du mal et une échappée vers un monde nouveau

À partir de là, à partir de ces trois traits essentiels de Jésus, vrai Dieu et vrai homme, crucifié pour rejoindre notre misère et ressuscité pour nous offrir une vie nouvelle, il est possible, en quelques minutes, de jeter une lumière sur le drame du mal. Car Jésus est venu libérer ce monde de l’emprise de Satan, de celui qu’il appelle " le Prince de ce monde " (cf. Jn 12, 31), ce qui laisse entrevoir que le mal ne fait pas partie du monde originellement créé par Dieu et que le monde présent est bien, comme le dit Paul, un monde déchu, abîmé, ³livré au pouvoir du néant² (cf. Rm 8, 20). À cette lumière, il apparaît que le mal est ce que Dieu lui-même endure, plus que nous, aussi longtemps que dure l’histoire, et ce dont il veut libérer l’univers entier quand, en réponse à notre désir ardent, il réalisera en plénitude ³les cieux nouveaux et la nouvelle terre² (cf. Ap 21, 1) qu’il a inaugurés avec la résurrection de Jésus, là où il n'y aura plus ³ni mort, ni pleurs, ni cris, ni deuil, car l’ancien monde s’en sera allé² (cf. Ap 21, 4).


Une source de miséricorde et d’espérance pour tous

Une source, une source de miséricorde et d’espérance, commence alors à couler sur ceux qui entendent l’annonce du kérygme, une source dont la fécondité ne dépend pas de celui qui l’annonce, mais de la puissance de vie incluse dans le kérygme lui-même. À chaque fois, je constate, avec gratitude et émerveillement, que cette annonce touche les cœurs, exactement comme le jour de la Pentecôte, lorsque les auditeurs de Pierre ont le cœur transpercé et demandent: ³Que devons-nous faire?² (cf. Ac 2, 37). Même des hommes politiques, présents dans l’assemblée, me disent parfois, pendant la réception qui suit la célébration, combien cette annonce directe les a secoués! Alors... n’hésitons pas à ouvrir largement, pour tous, les écluses de l’espérance, du pardon et de la guérison.

Pour conclure ce petit témoignage, je transcris une manière de dire les choses essentielles, très simplement, de manière directe. Ce n’est qu’une version possible. Elle demande toujours à être adaptée. Mais j’ai expérimenté que la grâce de Dieu accepte de passer à travers elle. L’essentiel, pour celui qui l’annonce, est d’avoir le kérygme profondément inscrit en son cœur par la prière, et puis de se jeter à l’eau, de manière adaptée à l’auditoire, en s’appuyant sur la grâce souveraine de l’Esprit Saint.


Dieu te parle en Jésus, vrai Dieu et vrai homme !

Dieu ne parle pas seulement avec des mots comme nous. Il parle surtout à travers des événements. Même les mots du Nouveau Testament sont seconds par rapport à l’événement unique de Jésus, qui est la Parole même de Dieu faite chair. C’est en lui que Dieu nous a tout dit de son amour en réalisant notre salut. Jean et Paul ont résumé cela en deux extraordinaires versets :

Oui, Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas, mais ait la vie éternelle, car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour condamner le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. (Jn 3, 16)

Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? Lui qui n’a pas épargné son propre Fils, mais l’a livré pour nous tous, comment avec lui ne nous accordera-t-il pas toute faveur ? (Rm 8, 31-32)

À travers le premier trait de la figure de Jésus, à travers Jésus, vrai Dieu et vrai homme, Dieu nous dit, et réalise, l’Alliance définitive entre lui et l’homme, son mariage indissoluble avec l’humanité. En Jésus, Dieu te crie : " Moi, ton Dieu, je suis devenu ce que tu es, un homme, afin que toi, simple créature humaine, tu aies part à la vie même de Dieu. Je suis devenu homme pour que toi, tu deviennes Dieu ! Mon amour t’ouvre une espérance folle. Car tu fais partie de moi pour l’éternité. Je ne puis plus être heureux sans toi. Aie confiance : l’homme a toutes ses chances d’aboutir, car lui et moi, nous ne faisons plus qu’un en Jésus. " C’est cette espérance qui habite Paul quand il s’écrie :

Oui, j’en ai l’assurance, ni mort ni vie, ni anges ni principautés, ni présent ni avenir, ni puissances, ni hauteur ni profondeur, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus notre Seigneur. (Rm 8, 38-39)


Dieu te parle en Jésus humilié et glorifié !

À travers le second trait de la figure de Jésus, à travers le Fils humilié et abandonné, Dieu te crie : " N’aie pas peur ! J’ai visité les enfers de ta vie et de ta mort. Même au plus profond de ta détresse, je suis avec toi. Passerais-tu un ravin de ténèbres, la croix de Jésus est là qui te rassure. Aussi bas que tu tombes, c’est en lui désormais que tu tomberas, car il est descendu plus bas que toi dans l’abîme. Aussi lourd que soit ton péché, aussi impardonnable qu'il puisse te paraître, mon Fils l’a porté à ta place, lui, l’Agneau de Dieu qui porte les péchés du monde, lui qui, sans avoir péché, a été identifié sur la croix au péché, quand il est mort dans l’éloignement de Dieu et a crié vers moi : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? N’aie pas peur ! Même dans l’étroit défilé de la mort, il t’accompagne et te précède. C’est pour toi qu’il a été rassasié d’angoisse et d’effroi. C’est pour toi qu’il est descendu aux enfers, dans la plus extrême solitude. N’aie pas peur ! "

Et à travers le troisième trait de la figure de Jésus, à travers le Fils perdu et retrouvé, Dieu te crie : " Sois plein d’espérance ! Mon Fils a tout enduré et a tout traversé. Il a franchi le mur de tes fautes innombrables. La boue immonde du péché a envahi son cœur innocent, elle l’a submergé de dégoût. Et maintenant c’est pour moi qu’il vit, dans la lumière. Avec lui, tu viendras à bout de ton péché. Ouvre-lui ton cœur et, de son cœur blessé par le péché du monde entier, couleront jusqu’à toi l’eau et le sang qui te régénèrent (cf. Jn 19, 34). Sois plein d’espérance ! Il a déjà goûté l’amertume de ta mort et t’offre dès aujourd’hui, d’au-delà de la mort, la vie impérissable. C’est lui qui te crie : Ne crains rien, c’est moi, le Premier et le Dernier, le Vivant ; je fus mort, et me voici vivant pour les siècles des siècles, et je détiens la clef de la Mort et de l’Abîme ! " (Ap 1, 17-18) Avec lui, si tu le veux bien, tu traverseras tout. N’hésite pas à mettre ta main dans la sienne !


Mets ta main dans la sienne : il ne te trompera pas !

Mets ta main dans la main de Jésus ! C’est une main humaine et fraternelle qui saisira les moindres tressaillements de ton être. Mets ta main dans la sienne ! C’est la main royale de ton Dieu, capable de t’assurer protection là où tout autre te fera défaut. Mets ta main dans la sienne ! C’est la main transpercée de ton Dieu crucifié, apte à recueillir chacune des blessures de ta vie. Mets ta main dans la sienne ! C’est la main glorieuse de ton Sauveur ressuscité, la seule qui puisse t’introduire dans la lumière du Royaume. Au milieu des épreuves de cette vie, que ta joie soit celle des premiers disciples quand, ressuscité, ³il leur montra ses mains et son côté.² (cf. Jn 20, 19-23)

Les religions, les philosophies et les idéologies font miroiter des espoirs de salut. Mais c’est en mutilant un aspect de ton humanité. Certains te promettent le salut de l’individu en oubliant le bien commun. D’autres te promettent la sauvegarde du bien commun en négligeant la personne unique. Ici on te garantit un corps toujours svelte, mais l'on oublie ta vie éternelle. Là on te propose le salut de l’esprit, mais c’est au nom de ce faux spiritualisme du Nouvel Âge qui dissimule son mépris du corps derrière un semblant d’intérêt pour l’homme total. Auprès des marchands de bien-être, tu trouveras un bonheur limité à la terre, préoccupé des moyens de vivre, mais non des raisons d’être. Et auprès des boutiquiers de spiritualité, tu dénicheras des promesses d’éternité, mais à la manière des doctrines de réincarnation, prêtes à jeter à la poubelle ce corps unique en lequel mûrit ta destinée. Jésus, lui, donne sa vie pour tous en même temps que chacun est unique pour lui. Il te propose d’accueillir Dieu en ton âme, mais il guérit aussi les corps. Il offre en héritage la vie éternelle, mais le Royaume qu’il inaugure n’est pas seulement pour la fin des temps, il est déjà parmi nous (cf. Mt 12, 28) et se développe en ce monde comme une graine ou un levain (cf. Mt 13, 31-33).


³Le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu !² (Lc 19, 10)

En Jésus, tu trouves un salut pour tout l’homme, et aussi pour tous les hommes. Pas seulement pour une élite intellectuelle, morale ou historique, mais pour tous ceux qu’il accueille dans l’Évangile, depuis les plus démunis jusqu’aux plus cultivés. Pas seulement pour les générations à venir, mais aussi pour les générations présentes et passées, car il y a dans la résurrection de l’Homme-Dieu de quoi accueillir les hommes de tous les temps. Pas seulement les puissants, mais aussi et d’abord les pauvres. Et pas seulement les pauvres, mais aussi les riches, au-delà de toutes nos divisions de classes. Car Jésus accueille les uns et les autres : la pauvre veuve qui a mis deux piécettes dans le tronc (cf. Mc 12, 42-44) et le riche collecteur d’impôts qui est monté sur un arbre pour le voir passer (cf. Lc 19, 1-10). Pas seulement les justes, car, dit-il, ³je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs² (Mc 2, 17), mais aussi et d’abord les désespérés, les suicidés, les êtres avilis par la drogue, la haine, la pornographie, la prostitution ou l’avortement, les mal famés tenus à l’écart des bien-pensants, à l’image de cette pécheresse publique qu’il accueille avec tant de miséricorde (cf. Lc 7, 36-50). Y compris le plus grand pécheur - et nous avons toujours, toi et moi, à nous considérer comme ce plus grand pécheur ! Oui, regarde la croix où meurt l’Innocent identifié au péché des hommes et tu comprendras que, vraiment, ³le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu.² (Lc 19, 10) L’espérance pour tous.

Oui, si Jésus est bien tel qu’il se présente - et il l’est ! - alors, tu as en lui - et en lui seul – l’espérance d’un salut réel de l’humanité. En dehors de lui, nous sommes perdants à tout coup face au défi du péché et de la mort. Mais avec lui, tout est possible. Crois-tu cela ? Dans la réponse que tu donnes à cette question se décide ton avenir, ici-bas et pour l’éternité !


Publié dans Evangélisation

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